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chronique du 30 avril 2018

 

Aux sources de la tradition orale

Marcel Jousse

(photo : marceljousse.com)

Dans la recherche sur le Nouveau Testament, l’un des champs les plus actifs tourne autour de la « tradition de Jésus ». Sous cette étiquette — en anglais Jesus tradition ou Oral Gospel Tradition —, se concentrent des chercheurs qui tentent de faire… ce que Marcel Jousse faisait il y a 60 ans. Voici comment le jésuite français, mort en 1961, pourrait devenir la prochaine coqueluche des sciences bibliques qui s’intéressent à la genèse des évangiles.

Entre la mort de Jésus et la formation du premier évangile, celui de Marc, il se serait passé 35 ans. Ce qui semble énorme pour plusieurs, pour des chercheurs très critiques en particulier, devient de mieux en mieux compris et apprécié. Aujourd’hui, il est possible d’identifier des traditions plus anciennes qui ont été insérées dans le texte final. Ainsi, les analystes de Marc peuvent identifier des discours, des collections de paraboles ou de miracles, et même le récit de la Passion qui auraient existé avant que le rédacteur final les ait intégrés à son texte. Ainsi, ce n’est pas parce que l’évangile de Marc, dans son ensemble, a été rédigé dans sa forme finale vers l’an 65 que les textes qui le composent datent aussi de cette époque.

Il en va de même pour les autres évangiles. Aujourd’hui, on sait très bien que les évangiles de Matthieu et de Luc, même s’ils ont été rédigés vers l’an 75-80, ont intégré des traditions beaucoup plus anciennes. Ainsi, on identifie des paroles de Jésus (surtout dans le Sermon sur la montagne, Matthieu 5-8 et parallèles) que l’on sait remonter à beaucoup plus loin. La recherche historique sur Jésus considère les évangiles de Marc et la source Q (collection de paroles de Jésus) comme étant les plus anciens documents qui traitent du célèbre Nazaréen.

Mais ce n’est pas tout. De plus en plus de spécialistes abordent ces mêmes textes, non plus seulement en tant que textes écrits ou documents, mais en tant que compositions orales, c’est-à-dire de tradition orale. Et cela pourrait changer la donne. En effet, par le biais d’outils d’identification propres aux traditions orales de cette région et de cette époque, il serait peut-être possible d’identifier même des portions des évangiles qui remonteraient au ministère de Jésus. C’est ce que prétend faire — non sans une part de contestation — James D. Dunn (Jesus remembered, Eerdmans 2003).

Plus je fréquente les recherches sur la Jesus tradition, qui tente de cerner cette mouvance des origines, et plus je suis convaincu que tous devraient s’arrêter et tenter de décoder et de comprendre Marcel Jousse. La profondeur des recherches du jésuite (surtout actif en France de 1925 à 1961), et la qualité de sa réflexion sur le « composé humain » et la transmission du savoir, surtout dans les sociétés de tradition orale, apporteraient un contenu très significatif dans le débat.

Jousse a souffert, il me semble, d’avoir été le seul — ou à peu près — à parler de Rabbi Yeshoua et de l’enracinement juif de Jésus. Entre les deux guerres, ce n’était certes pas le discours le plus apprécié dans la Vieille Europe. Aujourd’hui, cette perspective est plus que réjouissante. Nul doute, à notre avis, que Marcel Jousse entrera au centre des débats et des recherches (surtout avec la traduction en anglais de ses principaux essais, parue en 2017). Le travail que fait l’ACRB, et de nombreux héritiers de Marcel Jousse, sera reconnu à sa juste valeur et pour longtemps.

Lire aussi :
Marcel Jousse, découvreur du style oral (Gaston Lessard)

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Le petit troupeau des apprenants de Québec