Le bon Samaritain. Eugène Delacroix, 1852. Huile sur toile, 33,7 x 41,9 cm.
Musée Victoria et Albert, Londres (Wikipédia).

Une même Parole, diverses interpellations

Hélène BoudreauHélène Boudreau | 12 janvier 2026

La parabole du bon Samaritain (Luc 10,25-37) est un récit bien connu. Transposée en récitatif, elle résonne différemment selon chaque personne, selon ce que vit chaque personne. Par les gestes et par le contour mélodique qui viennent accompagner cette Parole, nous verrons trois cas très différents de personnes qui ont vécu un moment intérieur fort avec elle.

La pratique du récitatif favorise un état d’écoute face à la Parole. Cet état de réception s’établit dès le début, au moment où la personne entend et voit le récitatif proclamé. Par la suite, les arrêts sur geste viendront peut-être, par le ressenti physique, laisser des souvenirs enfouis se manifester.

« ... et passa plus loin »

Lors d’un atelier dans une résidence pour personnes âgées, une participante a exprimé comme écho le geste de « ... et passa plus loin ». En principe, ce geste n’est pas le plus dynamique ou le plus dramatique du récitatif. Dans ce geste, les deux mains partent du visage « et il le vit » pour descendre, sur le côté dominant, paumes vers l’arrière. Cependant, pour cette personne, c’est le geste qui l’a le plus interpellée.

En fin de rencontre, mise en confiance, elle a témoigné avoir vécu des moments difficiles dans son village d’origine. Son mari et elle avaient été très engagés dans la vie paroissiale. Ils y avaient beaucoup d’amis et se sentaient membres à part entière de cette communauté. Cependant, suite aux suicides de deux de leurs enfants, à quelques années d’intervalle, les gens de leur entourage les ont peu à peu rejetés. Ils se sont sentis exclus d’un réseau interpersonnel auquel ils participaient pleinement auparavant. Ce vécu douloureux est remonté en elle lorsqu’elle a vu le geste du prêtre et du lévite qui passent à côté de l’homme blessé, sans s’en occuper. Pour la première fois depuis plusieurs années, elle pouvait parler librement, sans se sentir jugée, de ces événements.

« et il tomba au milieu de bandits »

Normalement, lorsqu’on transmet le récitatif, on privilégie de passer du temps avec le personnage de l’homme blessé, avec les personnages du prêtre et du lévite et surtout avec le personnage du Samaritain. Les appreneures associent souvent une partie de leur vécu aux situations vécues par ces personnages. On ne s’attarde pas trop aux personnages des bandits.

Dernièrement, dans une session de formation, une participante n’arrivait pas à se coordonner pour compléter les gestes des bandits. En creusant la situation avec une amie, elle découvre qu’une partie d’elle-même est son propre bandit, son propre saboteur. Elle s’empêche de vivre pleinement à cause de réactions et limites intérieures. Les bandits en nous sont bien réels, pas seulement des personnages secondaires d’un récit.

bon Samaritain

Le bon Samaritain. Eugène Delacroix, 1849. Huile sur toile, 37 x 30 cm. Collection privée (Wikipédia).

« et il le plaça sur sa propre monture »

Dans un moment d’arrêt sur geste, « et il le plaça sur sa propre monture », je me suis vue être à la fois la personne blessée et le Samaritain. Je n’arrivais pas à déterminer comment cela était possible. Comme personne blessée, je me sentais très vulnérable, faible et pourtant reconnaissante d’être prise en charge. Comme « Samaritain », je me sentais responsable, compatissante, bienveillante, pleine d’énergie, avec un objectif à atteindre. C’était bizarre de vivre ces deux sensations en même temps. En en parlant avec un ami, il m’a fait comprendre que c’est cela animer, transmettre un récitatif. Être en lien avec mes propres blessures et limites pour mieux transmettre la Parole de Dieu et accompagner les appreneures dans leurs cheminements.

Conclusion

La parabole du bon Samaritain, revisitée à plusieurs reprises avec différentes personnes, offre diverses possibilités d’épanouissement spirituel. Il faut prendre le temps de s’y arrêter, d’écouter. Par l’écoute, dans le silence intérieur, on peut cultiver une ouverture du cœur et se laisser porter par la Parole. Cette Parole ne peut que nous faire cheminer vers un meilleur équilibre de vie.

Hélène Boudreau est transmetteure de l’Association canadienne du récitatif biblique.

Jousse

Récitatif biblique

L'Association canadienne du récitatif biblique propose une chronique mensuelle pour comprendre la discipline spirituelle qui rassemble ses membres. Axée sur la Parole et sur son effet sur l'ensemble de la personne, le récitatif biblique est une forme de méditation où tous les sens sont sollicités.