(François Germain / Unsplash)

Des vaches qui se repentent et invitent Dieu à la conversion

Sébastien DoaneSébastien Doane | 24 mai 2021

Les livres de Jonas et de Joël montrent des animaux qui prennent le deuil, se lamentent et se tournent vers le Seigneur. Dans les deux cas, leurs actions sont efficaces puisque Dieu exprime des regrets et change ses plans de la malédiction à la bénédiction.

La modernité a construit sa conception de l’humain en le différenciant de l’animal par son intelligence, sa conscience, et, en contexte religieux, par sa relation à Dieu. Lire certains textes bibliques permet cependant de retrouver une conception du monde bien différente, dans laquelle les animaux posent les mêmes gestes que les humains pour entrer dans une relation similaire avec la divinité.

Les Ninivites et leurs animaux se convertissent

L’intrigue du livre de Jonas mène le prophète à prêcher la conversion à Ninive, ville importante de la Mésopotamie. La proclamation du roi de cette ville montre une réponse immédiate :

Par ordre du roi et de ses ministres, que les êtres humains ainsi que le gros et le petit bétail ne mangent ni ne boivent quoi que ce soitLes êtres humains et les bêtes doivent se couvrir d'habits de deuil. Que chacun appelle Dieu au secours de toutes ses forces, que chacun renonce à ses mauvaises actions et à la violence qui colle à ses mains. (Jonas 3,7-8)

Ainsi animaux et humains posent des gestes de deuil pour signifier leur repentir. S’il est possible de concevoir le jeûne d’un animal, on peut se demander à quoi ressemblent les habits de deuils des bêtes. On peut aussi se demander si les animaux sont inclus dans l’appel à la prière et à l’abandon de l’usage de la violence.

« Même les bêtes sauvages se tournent vers toi! » (Jl 1,20)

La première moitié du livre de Joël traite d’une catastrophe écologique causée par l’invasion de sauterelles, par la sécheresse et le feu. Le résultat : les terres sont en deuils (Jl 1,10), le bétail soupire, les bœufs s’affolent et le petit bétail dépérit (Jl 1,18) puisque comme les humains, ils n’ont plus rien à manger. Joël 1,13-14 exhorte les prêtres à se lamenter, se vêtir de sacs, jeûner et rassembler les anciens et ceux qui vivent dans ce pays pour les inciter à crier au Seigneur. Si le texte ne décrit par la réponse des humains, il indique que « même les bêtes sauvages se tournent vers toi ». 

La terre, le bétail, les bêtes sauvages et les humains ont des réponses équivalentes à la crise et forment une communauté dans le cri, les pleurs et le deuil. Ainsi, la communauté écologique détruite se réunit dans sa lamentation.

Un effet renversant

Dans les deux cas, la lamentation du regroupement des humains et des animaux a un effet renversant sur le Seigneur. En Jonas, le Seigneur « revint sur sa décision de leur faire le mal qu’il avait annoncé » (3,10). Dans le livre de Joël, le Seigneur « compense » (Jl 2,25) la dévastation qu’il avait envoyée en donnant « la pluie d’automne pour vous sauver » (Jl 2,23).

Un autre trait commun aux deux textes se voit dans la caractérisation du Seigneur dans les mêmes mots que ceux utilisés en Exode 34,6. Joël 2,13 indique : « Il est bienveillant, miséricordieux, lent à la colère et plein de fidélité. Il regrette le malheur. » Jonas 4,2 exprime la même idée : « Je savais que tu es un Dieu bienveillant et miséricordieux, lent à la colère et plein de fidélité, et qui revient sur sa décision. » Ces deux versions du même credo indiquent que le Seigneur est capable de regrets et peut revenir sur sa décision. En quelque sorte, dans ces deux récits, la lamentation commune d’humains et d’animaux qui se repentent invite le Seigneur au repentir. 

Sébastien Doane est professeur d’exégèse biblique à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval (Québec).

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