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Bible et culture
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chronique du 12 février 2018

 

Lire la Bible comme on écrit une icône

Sainte Élisabeth

Sainte Anne
Icône écrite de la main de Luc Castonguay

L’exégèse moderne parle de lecture historico-critique, de lecture sémiotique, allégorique et autres lectures de la Bible, mais il ne faudrait pas oublier la lecture iconographique. L’iconographie est en fait une relecture en image ou une interprétation graphique de la Bible.

Un peu d’histoire

Disons d’abord pour nous situer que même si la production d’images est plus tardive que celle des écrits, l’art sacré des icônes date des tout premiers temps du christianisme. L’iconographie s’est enrichie au fil des siècles à travers un vécu parfois positif parfois négatif (nous n’avons qu’à penser aux iconoclasmes du VIIIe et IXe siècle) et de règles canoniques (les canons iconographiques) qui lui ont permis de perdurer jusqu’à nous grâce à sa tradition, ses attributs et ses techniques primitives.

Une fenêtre sur l’absolu

Les évangélistes ont utilisé des symboles pour signifier l’indescriptible et Michel Quenot écrit que l’icône est « une fenêtre sur l’absolu [1] ». Les chercheurs et les biblistes modernes ont démontré que le Nouveau Testament n’est pas un texte de vérité historique, mais plutôt une révélation théologique. L’iconographie, elle aussi, veut transmettre non pas une représentation réaliste du divin, mais une image qui transcende la réalité et fait appel à une expérience spirituelle dans un imaginaire mystique. Je pense ici au symbolisme des disproportions chez les personnages, l’architecture et les décors. Les icônes n’ont pas d’ombre et la lumière qui traverse les scènes et les personnages nous transporte dans l’Autre monde, le monde de l’imperceptible visuel. L’icône propose de traverser le parement de la représentation pour toucher au divin : une épiphanie en image. Elle n’est pas une photographie de Dieu que l’on regarde, mais une prière, une méditation, une rencontre avec lui.

De même, le Nouveau Testament est la parole vivante de Dieu puisqu’il nous communique la parole du Verbe de Dieu, la parole du Christ. « Ni Dieu ni le Christ n’est une parole toute faite […] Ils donnent forme à une Parole vivante qui se laisse découvrir » [2] et les Saintes Icônes sont les images de cette Parole. L’écriture biblique et iconographique sont deux actes d’interprétation qui peuvent s’éclairer mutuellement.

La démarche de l’iconographe

Dans sa démarche artistique, l’iconographe essaie, comme l’exprime si exactement Daniel Cadrin, de « mieux comprendre les textes de façon à pouvoir les interpréter avec respect et élan » [3]. Au sujet des écrits du Nouveau Testament, il dit qu’il s’agit de considérer ces textes « comme une icône, qui exprime un mystère […] investis d’une longue histoire et capables de bouleverser les cœurs et les esprits, pour qu’ils touchent du doigt, de l’œil, de l’être, le mystère transcendant que ces œuvres annoncent [4]. » Et plus loin dans son texte il renchérit sa pensée en disant que « lire et interpréter un texte ressemble à la création d’une œuvre d’art [5]. »

La Descente aux enfers

La Pâques
Icône écrite de la main de Luc Castonguay

Prier en textes et en images

La vénération des Saintes Icônes comme « la pratique de la lectio divina s’enracine dans la conviction que les textes bibliques, lus et accueillis dans la foi, permettent d’entrer en dialogue avec la parole de Dieu » [6] ; nous savons que pour nos frères orthodoxes l’icône est présence divine et son écriture est une longue prière et un lieu de méditation. Si la pratique de la lectio divina est de « Chercher Dieu par la parole » [7], l’écriture des icônes serait de dessiner Dieu par ses paroles et ses actes.

Jean-Paul II a dit que l’icône est un sacrement, car elle est porteuse du message de la parole de Dieu [8]. C’est la Parole vivante en Image. « Toute expérience religieuse authentique, dans toutes les traditions culturelles, conduit à une intuition du Mystère qui, bien souvent, parvient à saisir quelques traits du visage de Dieu [9] » que cette saisie soit faite par la plume ou le pinceau. Cette citation montre bien la similitude entre la lecture biblique et l’écriture iconographique, car les deux sont les véhicules de cette intuition. Par la perspective inversée, ce n’est pas nous qui entrons dans la représentation, mais celle-ci qui entre en nous par la prière ; une invitation à une rencontre. Il en est de même avec la lecture des textes sacrés qui ne sont pas des épopées à faire rêver, mais une initiation au mystère du Christ.

Pour conclure, pourrait-on penser que l’évolution de la technique de la peinture sacrée occidentale vers des représentations plus réalistes des personnages et des décors aurait influencé une lecture plus « intégriste » des textes sacrés ?  L’icône, par le symbolisme de sa construction intemporelle et trans-spatiale, incite peut-être plus à l’interprétation et à la méditation que le réalisme pictural qui provoquerait plutôt l’identification et le subjectivisme.

Luc Castonguay

[1] Michel Quenot, L’Icône, Paris ; Montréal, Cerf ; Fides, 1987, p. 6.

[2] Rodolfo Felices Luna, « Paroles de Dieu au Pluriel », (consulté le 20 décembre 2017).

[3] Daniel Cadrin, « Lire le Nouveau Testament aujourd’hui », dans Odette Mainville (dir.), Écrits et milieu du Nouveau Testament. Une introduction, Montréal, Médiapaul (Sciences bibliques), 1999, p. 273.

[4] Daniel Cadrin, « Lire le Nouveau Testament aujourd’hui », op. cit., p. 278.

[5] Daniel Cadrin, « Lire le Nouveau Testament aujourd’hui », op. cit., p. 284.

[6 ]Michel Proulx, « Qu’est-ce que la lectio divina et comment en faire par soi-même », (consulté le 20 décembre 2017).

[7] Guy-Marie, Dom Oury, Chercher Dieu dans sa Parole, Paris, CLD, 1982, 182 p.

[8] http://www.strasbourginstitute.org/wp-content/uploads/2015/09/DOBRE_The-Icon-and-the-Word-of-God_updt.pdf, (consulté le 20 janvier 2018)

[9] Conseil Pontifical “Justice et Paix”, Compendium de la doctrine sociale de l’Église, http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/justpeace/documents/rc_pc_justpeace_doc_20060526_compendio-dott-soc_fr.html#PREMIER CHAPITRE, (consulté le 20 janvier).

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