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chronique du 2 juin 2017
 

Rébecca, la femme par qui viennent des questions sur Dieu

Rébecca

Rébecca
Gertrude Crête, SASV
encres acryliques sur papier, 2000
(photo © SEBQ) 

Lire : Genèse 24-27

À première vue, Rébecca se présente comme un personnage en qui s’incarnent quelques stéréotypes bibliques : épouse, femme stérile, puis mère. Elle est, comme tant d’autres, une femme dont la destinée est programmée d’avance par les diktats d’une société patriarcale. L’intérêt de son histoire résiderait-il dans sa personnalité et sa capacité d’affirmer sa volonté et de prendre des initiatives? Certes. Mais pas seulement.

La figure de Rébecca mérite qu’on si attarde en tant que se cristallisent dans sa vie d’épouse et de mère les grandes questions qui touchent l’identité du peuple Israël. Elle est en effet la mère de Jacob, le patriarche dont sera issu ce peuple.

Deux nations dans les entrailles

Il n’est pas anodin que Jacob partage le ventre de sa mère avec un frère, Ésaü. Rébecca expérimente dans ses propres entrailles la lutte que se font ses deux fils. Dans sa perplexité, elle consulte le Seigneur qui lui révèle : « Il y a deux nations en ton sein; deux peuples, issus de toi, se sépareront, un peuple dominera un peuple, l’aîné servira le cadet. » (25,22-23) Les heurts qu’elle ressent préfigurent les relations tumultueuses des deux frères et la domination du plus jeune sur l’aîné. De même, leur naissance annonce la suite : Jacob, qui tient en naissant le talon de son frère aîné, le supplantera un jour. La question du rapport entre les jumeaux deviendra un enjeu important et posera la question du rapport à l’autre : sera-t-il adversaire ou frère? Et pourquoi donc Dieu semble-t-il préférer Jacob?

Les astuces de Rébecca

Rébecca affiche rapidement une préférence pour son cadet. On dirait qu’elle s’accorde ainsi de quelque secrète manière avec la perspective divine exprimée dans la révélation d’autrefois : « l’aîné dominera le cadet » (25,23). Jacob se débrouille d’ailleurs très bien lui-même pour réaliser la prophétie; il obtient le droit d’aînesse de son frère contre un plat de lentilles (25,29-34).

Plus tard, Rébecca passe à son tour à l’action pour que Jacob l’emporte encore sur son frère. Elle se trouve toujours à la bonne place au bon moment pour surprendre les conversations et s’ingérer dans les situations. Elle monte tout un stratagème pour que Jacob reçoive la bénédiction paternelle destinée à Ésaü. Agissant dans l’ombre, elle suggère à Jacob le moyen de tromper son père en usurpant l’identité de son frère (27,1-41). Astucieuse Rébecca! Puis devant la haine féroce d’un Ésaü furieux d’avoir été dépossédé de ses droits, elle veille au grain et conseille à son cadet un repli stratégique. Peu lui importe de manipuler son époux afin qu’il endosse sa solution : envoyer Jacob au loin chercher une femme chez Laban, son propre frère (Gn 28–31).

Et Dieu là-dedans?

Si les ruses de Rébecca forcent l’admiration, elles laissent également perplexe. Rébecca est-elle l’instrument par lequel Dieu favorise un tricheur? L’arbitraire de Dieu peut-il être justifié par l’amour ambitieux d’une mère? À moins que ce soit l’inverse? Rébecca ne fait-elle ainsi que s’insérer dans un dessein divin?

Le texte expose ces questions reliées à l’identité et à la mission d’Israël et les soumet à ses lecteurs dans toute leur complexité sans tout à fait les résoudre. Il sème des cailloux qui tracent un chemin à suivre. D’autres livres de la Bible prendront le relais et dégageront d’autres pistes de réflexion sur les rapports entre Israël et les autres peuples.

L’histoire de Rébecca et de ses fils permet d’envisager que la promesse faite autrefois à Abraham d’être bénédiction pour « toutes les familles de la terre » (Gn 12,3b), bien qu’elle englobe tout le monde, découpe pour sa réalisation des rôles différents. Le défi sera pour chacun de cheminer vers une juste posture. Jacob aura à traverser une « nuit de feu » [1] (32,23-33), un instant de vérité qui ne le laissera pas indemne. Ésaü aura à retrouver Jacob comme frère (33,1-7), l’alternative étant que sa haine les perde tous les deux, comme le redoute sa mère : « Pourquoi vous perdrais-je tous les deux en un seul jour? » (27,45b).

Car Rébecca aime également son fils Ésaü! En cela, elle manifeste à nouveau quelque chose de la posture de Dieu lui-même. C’est un autre caillou que le lecteur pourra ramasser!

[1] Titre d’un ouvrage où Eric-Emmanuel Schmitt raconte une expérience spirituelle forte une nuit où il était perdu dans le Sahara : La nuit de feu (Albin Michel, 2015).

Anne-Marie Chapleau

Chronique précédente :
Débora, prophétesse et juge

 

 

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