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Justice sociale
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chronique du 27 novembre 2017

 

Fondements du baptême et récits de migration

Boat People

Boat People
Calligraphie de Thuyen Nhan, 2009
(photo : Wikipedia)


Dans le Nouveau Testament, nous trouvons deux textes qui jettent les bases doctrinales du baptême chrétien en se référant à des récits de l’Ancien Testament. Ces deux récits ont en commun également de relater des expériences migratoires. Pourtant, les sacrements ne sont-ils pas propres au christianisme? Pourquoi aller chercher des références dans l’Ancien Testament? En fait, les rédacteurs des différents livres composant le Nouveau Testament ne possédaient pas ce corpus scripturaire pour penser leur foi. Tout ce qu’ils avaient pour penser doctrinalement la foi chrétienne se trouvait essentiellement dans les textes hérités du judaïsme.

Noé dans la première lettre de Pierre

Le récit sur Noé est utilisé comme référence pour expliquer le baptême chrétien en 1 Pierre 3, 20-21. L’auteur y dit : « Aux jours où Noé construisait l’arche, dans laquelle peu de gens, huit personnes, furent sauvés par l’eau. C’était l’image du baptême qui vous sauve maintenant ». L’arche au milieu du déluge y est présentée comme une préfiguration du baptême en Christ. L’expérience de Noé face au déluge est dans son essence une expérience migratoire. Une fois le cataclysme annoncé, Noé doit partir. Le patriarche est le prototype du réfugié climatique, celui qui voit la terre qu’il habite inondée, disparaître sous les flots à cause du péché des êtres humains. Aujourd’hui aussi, des milliers d’insulaires font face à cette possibilité de voir leurs îles submergées sous les océans à cause du péché des humains qui méprisent la Terre et l’exploitent sans le moindre remords dans le but de faire du profit afin de s’enrichir. Noé doit migrer, sans pouvoir même rêver de retourner à sa terre d’origine un jour. Elle est perdue à jamais. Mais, en migrant vers un ailleurs, Noé est aussi appelé à participer à l’édification d’une terre nouvelle, en se l’appropriant.     

Moïse dans la première lettre aux Corinthiens

C’est dans 1 Corinthiens 10,1-2 que l’on fait référence au baptême « en Moïse » : « Nos pères étaient tous sous la nuée, tous ils passèrent à travers la mer et tous furent baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer. » Cette fois-ci, ce sont les eaux de la mer Rouge qui préfigurent le baptême. Ici encore le baptême libère du péché, celui d’Égypte. Le péché ici c’est l’oppression du peuple d’Israël. C’est par un mouvement migratoire – encore une fois – que l’on cherche à se libérer. Le peuple de Dieu part du pays où il vit en esclavage et va vers une terre où il aura à construire « un monde nouveau ». La terre qui les attend est pleine de promesses, mais aussi remplie de défis. Ils sont en proie à abandonner leur Dieu, Yahvé, pour vouer un culte aux divinités de l’endroit et se plonger dans l’idolâtrie. Des gens habitent la terre qui les accueillera, devront-ils les combattre? Devront-ils s’assimiler à leurs coutumes même si cela allait jusqu’à abandonner leur propre culture? De nos jours, ceux qui fuient une terre parce qu’ils y sont opprimés en vivant une quelconque forme d’esclavage ou parce qu’ils y sont victimes de la guerre font face aux mêmes défis que Moïse et les siens. Eux aussi, au cours de leur processus migratoire en viennent parfois à se demander s’ils ont bien fait de partir, au point de se dire que ce qu’ils vivent ou ce qu’ils vivront au fil d’arrivé serait peut-être pire que les mauvaises conditions de vie qu’ils ont laissées. Dans le baptême reçu en « passant à travers mer », c’est une promesse d’une vie nouvelle, d’un avenir meilleur qu’ils ont reçu. N’en est-il pas de même en ce qui concerne le baptême reçu par les chrétiens?

Mourir à l’ancienne vie et naître de nouveau, tel est le baptême, tel est la migration 

Le baptême est en réalité un processus de migration, il appelle à une nouvelle vie, à une vie renouvelée. Nous laissons une vie de « mort », là où le péché dans toute sa portée sociale règne, pour oser espérer en une vie meilleure. La terre qui attend l’immigrant n’est pas sans défis, tout comme ce fut le cas pour Noé et Moïse et les élus qu’ils guidaient vers cette terre d’espérance, cette terre promise. Les déceptions furent nombreuses, mais le baptême dont parlent les textes auxquels nous nous référons scelle la promesse d’une vie renouvelée.

Aujourd’hui, ceux qui migrent sont dans leur processus migratoire baptisé en Christ. C’est du moins de cette manière que les chrétiens devraient les percevoir. Les élus, guidés jadis par Noé et Moïse, le sont maintenant par Jésus-Christ. Qu’ils soient chrétiens ou non, c’est Lui qui les guide. Il les a guidés dans les boat people. Il les guide aussi dans les radeaux de fortune sur lesquels ils tentent la traversée de la Méditerranée. Lorsqu’ils arrivent aux frontières du pays d’accueil et qu’on entend par leur présence l’écho de Jésus disant : « J’étais un étranger et vous m’avez recueilli. » (Mt 25,35) Ils ne font qu’un avec Jésus Christ.

Martin Bellerose

Chronique précédente :
Sur le chemin de la non-violence évangélique

 

 

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