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Justice sociale
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chronique du 25 décembre 2017

 

Trump, disciple d’Hérode

Boat People

Le président Trump devant le mur Occidental à Jérusalem (photo © AP)


L’Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte; et restes-y jusqu’à ce que je te dise. Car Hérode va chercher l’enfant pour le faire périr. » Il se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Égypte et il resta là jusqu’à la mort d’Hérode, pour que s’accomplisse cet oracle prophétique du Seigneur : D’Égypte j’ai appelé mon fils.

Alors Hérode, voyant qu’il avait été joué par les mages, fut pris d’une violente fureur et envoya mettre à mort, dans Bethléem et tout son territoire, tous les enfants de moins de deux ans (…).
Matthieu 2, 13-16

Matthieu, l’évangéliste écrivait pour son temps, pour que l’histoire de Jésus survive et qu’on en comprenne le sens. Il était probablement loin de se douter qu’il écrivait pour le moment présent avec une vision étonnante. La fuite de la Sainte Famille était la répétition des nombreuses fuites passées et à venir.

De nos jours, de nombreuses familles doivent fuir leur domicile, et ce, ayant pour seul bagage les vêtements qu’elles portent. Elles fuient la violence de la guerre, la persécution ou la pauvreté endémique. Les chiffres sont effarants. Le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU rapporte qu’actuellement, il y a 65,6 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays ou encore réfugiés dans des pays tiers [1]. Bref, des dizaines de millions de personnes n’ont plus de foyers. On estime que chaque minute, il y a 20 personnes qui sont déplacées ou réfugiées. Parmi elles, 51% sont des enfants.

Autant de saintes familles à la rue. Jésus, Marie et l’Enfant-Jésus n’ont pu retourner à Bethléem et ont dû se résigner à se réinstaller à Nazareth. C’est le sort qui attend nombre de réfugiés dans le monde. Oui, plusieurs pourront rentrer chez eux, mais quand? Qu’arrivera-t-il à ceux qui ne pourront pas rentrer? Allons-nous les confiner à des camps insalubres ou les accueillir chez nous?

L’Irak, malgré toute l’horreur des dernières années, devient en ce moment même un exemple de retour possible à la maison. La situation demeure tendue, la sécurité incertaine et les infrastructures sont à refaire. Malgré tout, des chrétiens rentrent chez eux après trois ans d’exil comme déplacés internes. Un programme ambitieux s’est mis en place pour les assister [2]. Chapeauté par Aide à l’Église en détresse, un groupe de travail formé de catholiques chaldéens et syriaques ainsi que d’orthodoxes veille à chercher les fonds nécessaires pour reconstruire 13 000 maisons de chrétiens. Certaines sont complètement détruites, d’autres ont été incendiées et, heureusement, la majorité des maisons n’ont besoin que de reconstruction partielle. Il faudra aussi restaurer les bâtiments d’Église que les extrémistes ont pris plaisir à détruire ou démolir.

Bien plus importants encore sont les dommages que l’on ne voit pas et qui sont enfouis dans le cœur de chacune de ces mères, chacun de ces pères et, pire, chacun de ces enfants. Douze mille saintes familles, Églises domestiques, à consoler, et à réédifier.

Qu’est-ce qui pousse l’homme à être un loup pour l’homme? Les causes sont parfois complexes et sont multiples sauf qu’en général, elles proviennent de la peur : peur de perdre de l’argent, peur de perdre du territoire, peur de perdre sa culture ou religion et peur de perdre son pouvoir.

Hérode, homme lui aussi de son temps, était motivé par la peur. Il craignait que Jésus ne lui ravisse son titre de roi, lui enlevant du même coup son territoire et surtout son pouvoir. Hérode était épris de pouvoir, c’est pourquoi il n’a pas hésité à faire assassiner les garçons de moins de deux ans, pensant ainsi supprimer Jésus.

La situation n’a guère évolué. La peur est le moteur de bien des crises. C’est l’exemple même du dirigeant de notre voisin du sud, la peur domine encore. La peur de l’autre, surtout s’il est musulman. Rapidement Trump a décrété une interdiction de séjour en terre américaine pour les ressortissants du Tchad, de l’Iran, de la Libye, de la Somalie et du Yémen. Il récidive quelques mois plus tard en annonçant qu’il considère Jérusalem comme la capitale d’Israël, une véritable gifle aux efforts de paix, pire encore, aux Palestiniens qui sont majoritairement musulmans [3]. La promulgation de Jérusalem comme capitale a déjà fauché la vie de plusieurs personnes. Que dire des réfugiés des six pays concernés par son décret anti-migratoire qui perdent ainsi l’espoir qu’ils avaient d’immigrer? Ils devront tenter leur chance ailleurs et continuer d’attendre dans des conditions souvent inhumaines.

Visiblement l’homme de quelque époque que ce soit a peur. Une peur viscérale de ce qu’il ne connaît pas et ne prend pas la peine de connaître. Alors, je me demande lequel de Trump ou d’Hérode est le plus tenaillé par la peur?

[1] Le rapport complet est disponible au www.unhcr.org/globaltrends2016

[2] Pour plus d’information, visitez www.nrciraq.org/fr

[3] Il est vrai que les motivations du gouvernement américain sont bien plus complexes que la seule religion, mais il est difficile de ne pas considérer cet aspect.

Marie-Claude Lalonde

Chronique précédente :
Fondements du baptême et récits de migration

 

 

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