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La lampe de ma vie
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chronique du 12 mars 2018

 

Du débat sur le sabbat à la relation à Dieu 1/4

bouteilles

(photo : Marco Mornati / Unsplash)

Dans l’épisode qui suit immédiatement l’appel de Lévi (Mc 2,18-22), le désaccord entre le rabbi de Nazareth et le groupe des « scribes et pharisiens » s’exprime ouvertement. Ceux-ci lui reprochent de ne pas faire comme les autres. « Les disciples de Jean et des pharisiens vivent une période de jeûne. Pourquoi les tiens ne le font-ils pas? » Dans sa réponse, Jésus montre un certain agacement. Il refuse de se laisser enfermer dans une forme de « pensée ou idéologie religieuse particulière », une forme de pensée unique qui pèse sur le comportement de chacun/e et bannit toute originalité. Il ajoute une sentence qui résonne comme un avertissement : « Personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; car alors, le vin fera éclater les outres, et l’on perd à la fois le vin et les outres. À vin nouveau, outres neuves. » (Mc 2,22) L’avertissement est clair. Les paroles de Jésus ont un effet décapant; elles bouleversent les vieilles conceptions religieuses et apportent une nouveauté qui risque de déstabiliser celui ou celle qui les écoutent.

La polémique

Comme s’il voulait illustrer ce propos, Marc ajoute un épisode sur lequel il vaut la peine de s’arrêter. Tout commence par un fait banal : « Un jour de sabbat, Jésus marchait à travers les champs de blé ; et ses disciples, chemin faisant, se mirent à arracher des épis. » (Mc 2,23) Jésus a pris un petit chemin qui traverse un champ de blé. Machinalement, quelques disciples grappillent un ou deux épis et les frottent entre leurs mains pour en extraire les grains et les manger, histoire de calmer leur faim. Ce geste machinal passe normalement inaperçu, mais il se produit un jour de sabbat durant lequel le repos est prescrit par la Loi. Pour les pharisiens qui le suivent et l’épient, ce geste n’a rien d’anodin. Il est assimilé au travail du moissonneur, absolument interdit un jour où tout juif pieux se repose, médite la parole de Dieu et prie. Le geste machinal des disciples devient un prétexte pour mettre Jésus en accusation. Gênés par son enseignement trop libre et son succès auprès des foules, scandalisés par son annonce du pardon de Dieu au paralytique et sa proximité avec les publicains, ils prennent désormais ouvertement position contre lui et dénoncent son laxisme face au comportement de ses disciples qui, à leurs yeux, transgressent de la loi du repos sabbatique. Ils lui en font directement le reproche : « Regarde ce qu’ils font le jour du sabbat ! Cela n’est pas permis. » (Mc 2,22) Pour ces hommes, la vie et la pratique religieuse sont gérées par le permis et le défendu. Pour eux la fidélité à Dieu passe par une observance stricte des plus petits préceptes de la Loi et de la tradition des anciens. L’absence de réaction devant le comportement de ses disciples le discrédite à leurs yeux et son enseignement n’a plus aucune valeur.

Et Dieu dans tout ça ?

Si l’on n’y prend garde, l’épisode peut sembler banal ou anecdotique. Pourtant, Marc le place dès le début de son évangile; il veut certainement soulever une question qui traverse l’ensemble de son message et revient fréquemment. Cette question peut se poser en ces termes : quel rapport Dieu désire-t-il entretenir avec l’être humain ? Un rapport de domination ou un rapport d’alliance ?  Les accusateurs de Jésus considèrent la Loi comme un absolu qui ne se discute pas. On se plie devant Dieu comme un esclave devant son maître et l’on obéit à chacun de ses commandements sans discuter. Pour Jésus, il n’en va pas comme cela. Il ne nie pas la nécessité de la Loi, mais elle est à ses yeux un chemin de libération. Pour lui, Dieu est différent ; il est le Dieu de tendresse et de pitié à qui s’adresse le psalmiste, et qui n’a rien à voir avec les potentats de l’époque devant lesquels il faut s’aplatir sur le sol. Son amour et sa miséricorde ne connaissent pas de limites. Son désir le plus cher : Remettre l’homme debout, le délivrer de la culpabilité qui l’empêche de vivre. Il ne cherche pas à l’écraser, bien au contraire, il cherche à l’aider à prendre sa pleine stature d’homme ou de femme et veut lui redonner toute sa dignité. Devant lui, tout être humain peut se situer comme un enfant devant son papa bien-aimé et lui parler en toute confiance en l’appelant « Abba », ce qui signifie « Père ».

Voilà bien la Bonne Nouvelle que l’évangéliste veut faire retentir dans l’esprit et le cœur de toutes celles et ceux qui l’entendent ou le lisent. Dans le récit elle prend la forme d’une question qui garde toute son actualité. Tentons de la poser ! Lorsque j’utilise le mot « dieu » pour le prier ou le nier quelle conception ai-je de lui ? Est-il un juge implacable et punisseur qui exige l’observance stricte de ses lois ou bien est-il ce dieu de tendresse qui vient s’asseoir à ma table et me fait boire un vin nouveau qui bouleverse ma vie ?

Prière

Qui es-tu donc Jésus, toi qui te comportes si librement par rapport à la Loi de Dieu, telle que la comprennent si souvent la majorité des hommes et même des croyants. Tu refuses que l’on fasse de lui un juge intransigeant ou un dictateur… Tu appelles tes disciples à vivre dans la fidélité à Dieu et à garder ses commandements, mais tu refuses la conduite qui privilégie la pratique rituelle. À tes yeux, celle-ci ne peut être vécue en vérité que dans une relation filiale, celle du fils ou de la fille qui connaît son père et sait en quoi sa parole est source de vie. Ô Dieu Père plein de tendresse, donne-moi l’Esprit de ton Fils Jésus qui m’apprendra à te dire « abba ! » en toute vérité et profondeur.

Roland Bugnon

Suite de la série :
Le sabbat institué pour l’homme

Article précédent :
La rencontre improbable de Lévi

 

 

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