
(photos © Eilat Mazar)
Le prophète Jérémie et ses opposants
Sylvain Campeau | 21 septembre 2026
De 2005 à 2013, l’archéologue israélienne Eilat Mazar dirige des fouilles à Jérusalem, dans la zone de l’Ophel située au nord de la cité de David. Comme on le fait depuis plusieurs années, les débris sont systématiquement lavés pour éviter d’échapper les petits artefacts. Lors de deux campagnes différentes, on retrouve l’empreinte des sceaux de deux haut-fonctionnaires de la cour du roi Sédécias qui a régné sur le royaume de Juda de 597 à 587 avant notre ère.
Ces fonctionnaires, Guedalyahou et Youkal, sont mentionnés dans le livre du prophète Jérémie. Ils se sont farouchement opposés au message du prophète et obtenu qu’il soit jeté dans une citerne. Voici le passage qui nous relate cette histoire :
Shefatya, fils de Mattân, Guedalyahou, fils de Pashehour, Youkal, fils de Shèlèmyahou, et Pashehour, fils de Malkiya, entendirent les paroles que Jérémie répétait à tout le monde : « Ainsi parle le SEIGNEUR : Celui qui restera dans cette ville mourra par l’épée, la famine et la peste ; celui qui en sortira pour aller rejoindre les Chaldéens vivra, et il s’estimera heureux d’avoir au moins la vie sauve ; oui, il restera en vie. Ainsi parle le SEIGNEUR : Cette ville sera bel et bien livrée au pouvoir des troupes du roi de Babylone ; elles s’en empareront. » Les ministres dirent au roi : « Qu’on mette cet homme à mort puisqu’il démoralise les derniers défenseurs de la ville et même toute la population par ce qu’il raconte. Ce n’est pas le bien du peuple que recherche cet homme, mais son malheur. » (Jérémie 38,1-4)
La suite du récit rapporte que Jérémie a été jeté dans une citerne asséchée mais qu’il a rapidement été secouru par un membre du personnel de la cour qui a plaidé la cause du prophète auprès du roi.
Les empreintes
Les deux objets sont des petites pastilles (ou bulles) d’argile dont l’écriture est obtenue par la pression d’un sceau. L’empreinte laissée dans l’argile remplace la signature du fonctionnaire sur un document officiel. Celle de Guedalyahou, d’un diamètre d’un centimètre, était en excellent état. Dans les deux cas, le court texte est écrit en paléo-hébreu, l’alphabet d’usage à l’époque royale.
Sur la bulle de gauche, découverte en 2008, on peut lire : « Appartenant à Guedalyahou, fils de Pashehour. » Ce fonctionnaire est probablement le fils du prêtre Pashehour qui était aussi un opposant du prophète (voir Jérémie 20,1-6).
Le texte de la bulle de droite, découverte en 2005, est semblable : « Appartenant à Youkal, fils de Shèlèmyahou, fils de Shovi ». Ce personnage de la cour est aussi mentionné en Jérémie 37,3. Il est alors mandaté par le roi pour convaincre le prophète d’intercéder auprès du Seigneur en faveur de son peuple confronté à la menace babylonienne.
La première bulle a été découverte à l’intérieur d’une impressionnante structure de
pierres que Mazar identifie comme étant le palais de David ; l’autre bulle a été trouvée à quelques mètres de la première, au pied du mur extérieur de la même construction, sous une tour qui fut érigée au temps de Néhémie.
Ces découvertes confirment l’existence de ces deux personnages et apportent un appui historique au récit biblique. Elles confirment la présence et le statut des deux personnages à la cour du dernier roi de Juda et rendent plausible la mésaventure racontée au début du chapitre 38 de Jérémie. Le châtiment imposé au prophète rappelle cette parole du Christ : « Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie… » (Marc 6,4)
Diplômé en études bibliques (Université de Montréal), Sylvain Campeau est responsable de la rédaction.

