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La lampe de ma vie
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chronique du 5 février 2018

 

Le repas chez Lévi 2/2

Le repas chez Lévi

Le repas chez Lévi (détails)
Paul Véronèse, 1573
Huile sur toile, 555 x 1310 cm
Galerie dell’Accademia de Venise (photo : Wikipedia)

 

Lire Marc 2,13-17 et la chronique précédente

Lévi réagit à l’événement qui bouleverse sa vie. La joie le pousse à organiser un repas de fête auquel il invite Jésus et ses disciples ainsi que ses propres amis qu’il veut associer à sa joie. Forcément, les amis de Lévi sont essentiellement des publicains, autrement dit, des « pécheurs ». Le fait ne passe pas inaperçu. Les pharisiens, hommes ultra-religieux qui se veulent en tous points fidèles à la Loi de Moïse, épient le comportement de ce rabbi qui les a déjà choqués par ses paroles. Comme ce type de repas est plus ou moins public. Ils ne se gênent pas de venir dire leur désaccord, le scandale que constitue le fait qu’un rabbi ou un homme de Dieu, mange à la même table que ces mécréants de publicains. Cette fois. Ils s’expriment haut et fort devant les disciples : « Comment! Il mange avec les publicains et les pécheurs! » Pour eux — et peut-être aussi pour certains disciples —, ce type de comportement est véritablement scandaleux, eux qui s’efforcent, tout au long de leur vie, de rester « purs » conformément aux exigences de la loi divine. Ils évitent scrupuleusement tout contact direct avec certains groupes humains qualifiés de pécheurs, de maudits comme les lépreux, les incirconcis et certains artisans comme les tanneurs et toute personne employée à manier des « matières dites impures ».

Une attitude d’hier et d’aujourd’hui...

Cette attitude est courante dans les sociétés anciennes se retrouve aussi aujourd’hui dans certains contextes. La peur se joint à la notion d’interdit religieux et l’exclusion ou la stigmatisation de catégories sociales particulières fonctionne à plein régime. Inutile de s’attarder sur ce point. Il suffit de rester conscient que cet ostracisme social et religieux continue de fonctionner dans certains comportements de tous bords. Il a fallu attendre le concile Vatican II pour que, dans l’Église catholique, les chrétiens de confessions différentes (orthodoxe ou réformée) soient considérés comme des frères et que l’on reconnaisse la légitimité et la valeur des religions non chrétiennes. Bien plus, le pape parle désormais des Juifs comme des « frères aînés » alors que la liturgie du Vendredi saint les appela durant des siècles comme « les Juifs perfides »… On revient de loin. Le comportement des pharisiens, appelé « pharisaïsme », est une attitude qui se trouve largement partagée dans l’univers religieux ou laïc de tous les temps.

Jésus cause scandale

Jésus a entendu les récriminations et l’accusation latente qui émerge de ce type de réflexions. L’appel de Lévi et le repas de fête avec ses amis publicains dépassent l’entendement. À leurs yeux, on ne peut pas compromettre Dieu dans une telle situation? Le mépris devient la seule attitude à avoir pour ce « rabbi de pacotille ». Jésus est conscient du scandale qu’il cause. Il ne renie rien de son engagement. Sa réponse va définir l’ensemble de son comportement : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » (Mc 2,17) La version de ce récit proposée par L’Évangile selon Matthieu (9,13) ajoute une citation du prophète Osée : « Allez apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde, non le sacrifice. » C’est un rappel d’une longue tradition prophétique qui condamne, avec la force la plus extrême, l’hypocrisie religieuse, cette attitude qui croit pouvoir vivre en même temps, la fidélité à Dieu et le mépris du pauvre et des personnes que l’on classe parmi les pécheurs ou les gens impurs.

L’amour de Dieu ne connaît ni frontières ni limite

Ce texte pose une question fondamentale qui remonte dans la conscience humaine depuis la nuit des temps, à propos de Dieu. Dans la querelle qui l’oppose aux pharisiens et à certains groupes religieux ultraconservateurs, Jésus combat énergiquement la conception très légaliste de Dieu que préconisent ces derniers. Pour eux, Dieu est celui qui sépare de manière impitoyable le bon du mauvais, le juste de l’injuste. Pour eux, toutes celles et ceux que la Loi classe parmi « les impurs » sont des pécheurs ou des maudits, que Dieu condamne et rejette. Ils sont tellement sûrs d’avoir raison, qu’ils se dresseront de toute la force de leur haine contre Jésus. Ce dernier, quant à lui, cherche à faire comprendre que Dieu est miséricordieux, qu’il ne rejette personne a priori parce « qu’il ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il vive ».À ses yeux, aucune femme, aucun homme n’est rejeté par Dieu en raison de sa situation sociale, de sa maladie ou de son origine ethnique. Comme le dira Paul, « Il a fait tomber le mur de haine qui sépare les uns et les autres »,tous ces murs que les hommes ne cessent de dresser entre eux sous des prétextes fallacieux. En appelant à sa suite Lévi le publicain, et en allant s’asseoir à sa table avec ses amis, Jésus entend montrer concrètement que l’amour de Dieu ne connaît ni frontières ni limite et que tout être humain est digne de devenir son disciple.

Merci Seigneur Jésus pour ce geste si simple et pourtant prophétique. D’emblée, tu prends distance de la vieille conception du Dieu dont il faut avoir peur parce qu’il récompense les bons et punit les pécheurs, cette vieille croyance qui a justifié tous les rejets de l’autre, la chasse aux sorcières, à l’hérétique et les condamnations à mort de ceux et celles qui ne marchaient pas droit. Dans ton comportement très humain, tu nous révèles le visage d’un Dieu différent, miséricordieux qui regarde le cœur de l’homme et non sa situation sociale, un Dieu qui n’a rien à voir avec ceux qui croient pouvoir tuer l’autre en son nom. Cet amour gratuit est Bonne Nouvelle qui ouvre l’horizon de chacun de nous, nous guérit de nos peurs et de nos maladies intérieures et nous remet en marche. Merci Seigneur!

Comme chrétiens, chrétiennes nous voici avertis! Nul ne peut se réclamer de Dieu pour condamner l’autre en raison de son état, de son sexe ou de sa couleur de peau. Personne n’est rejeté a priori de l’amour de Dieu et chacun/e est digne de devenir disciple de Jésus. Le respect dû à autrui est pour ce dernier inconditionnel. En sommes-nous vraiment conscients?

Roland Bugnon

Article précédent :
Le paralytique de Capharnaüm

 

 

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