Les douze tribus
La première émission (voir l’image au bas de l’article), bien que très remarquable, a été surpassée par celle qui fut faite en 1973 et qui reproduit les douze vitraux peints par Chagall, dans la synagogue de l’hôpital Hadassa d’Aïn Karem (Jérusalem) et qui constituent une véritable merveille de notre temps. Si Chagall jouit d’une renommée mondiale, il le doit surtout à ces magnifiques vitraux, qu’il décida de peindre, après en avoir étudié le projet durant deux ans, en vue de représenter les douze bénédictions que Jacob donna à ses fils avant de mourir. Le symbolisme en est très allusif et quelque peu difficile à saisir, mais très riche de détails concernant ces bénédictions.
Il convient de signaler, d’une part, la grande quantité d’animaux, de fleurs et d’arbres qui symbolisent chaque tribu ; et, d’autre part, l’absence de figures humaines, qui s’explique si nous tenons compte du fait que, dans la religion juive, la représentation de figures humaines était rigoureusement interdite. Notons encore l’intensité et la variété des couleurs, destinées à exprimer l’amour et l’espérance, ces deux piliers de notre existence.
Voici maintenant le texte des bénédictions de Jacob à ses fils et une brève explication du vitrail correspondant à chacune d’elles.
Ruben
« Ruben, tu es mon premier-né, ma vigueur et les prémices de ma virilité, débordant d’énergie, débordant de puissance. Ne déborde pas comme des eaux qui bouillonnent! Puisque tu es monté sur la couche de ton père, tu as alors profané le lit sur lequel je suis. »
L’artiste a voulu exprimer, par la couleur bleue (couleur de la mer), l’instabilité de cette tribu. Quant à la virilité, elle est figurée par la mandragore que Ruben offrit à sa mère et par les poissons, symbole de fertilité. Les rapaces évoquent la vigueur et l’impétuosité de Ruben.
Siméon
« Siméon et Lévi sont frères, leurs accords ne sont qu’instruments de violence. Je ne veux pas venir à leur conseil. Je ne veux pas me réjouir à leur rassemblement ; car, dans leur colère, ils ont tué des hommes et, dans leur frénésie, mutilé des taureaux. Maudite soit leur colère si violente et leur emportement si brutal! Je les répartirai en Jacob, je les disperserai en Israël. »
Dans ce vitrail, une idée domine : la malédiction de Jacob. « Je les répartirai. » En effet, on peut voir, au centre, une carte géographique divisée et surmontée de deux cercles qui représentent la division des douze tribus. À droite, on discerne deux animaux féroces superposés, mais orientés vers des directions opposées. En bas, quelques constructions indiquent que la tribu de Siméon se dispersa dans 17 villes de la tribu de Juda.
Lévi
La tribu de Lévi fut affectée par Yahvé à la garde de la sainte Loi, que figurent ici les Tables des Dix Commandements. La représentation de personnes étant interdite, l’artiste a peint des animaux (kohanim), dans une attitude révérencielle face à la Loi. Les cierges, à droite et à gauche des Tables, font référence aux fonctions liturgiques dans le Temple. Enfin la corbeille de fruits évoque la coutume campagnarde consistant à offrir les prémices de chaque saison.
Juda
« Juda, c’est toi que tes frères célébreront. Ta main pèsera sur la nuque de tes ennemis, les fils de ton père se prosterneront devant toi. Tu es un lionceau, ô Juda, ô mon fils, tu es revenu du carnage! Il a fléchi le genou et s’est couché tel un lion et telle une lionne, qui le fera lever? Le sceptre ne s’écartera pas de Juda, ni le bâton de commandement d’entre ses pieds, jusqu’à ce que vienne celui auquel il appartient et à qui les peuples doivent obéissance. Lui qui attache son âne à la vigne et au cep le petit de son ânesse. Il a foulé son vêtement dans le vin et sa tunique dans le sang des grappes. Ses yeux sont plus sombres que le vin et ses dents plus blanches que le lait. »
Dans la partie inférieure du vitrail, figure un lion, symbole par excellence de la tribu. On y voit aussi Jérusalem, capitale du royaume de Juda et centre politico-religieux du royaume du sud. La couronne ou sceptre royal que l’on distingue dans la partie supérieure, représente la royauté. Selon le livre des Rois, une fois l’an, le roi bénissait le peuple. C’est ce que donnent à entendre les deux mains, en attitude de bénédiction.

Zabulon
« Zabulon aura sa demeure au bord des mers. Il a, lui, des bateaux au rivage et ses confins dominent Sidon. »
Tribu essentiellement marinière et adonnée au commerce : deux caractéristiques fort bien rendues par le navire et les poissons.
Issachar
« Issachar est un âne osseux qui se couche dans un parc à double mur. Il a vu que le repos était bon et le pays agréable. Il tend l’échine sous le bât, il est bon pour la corvée d’esclave. »
Tribu de cultivateurs ; d’où la prédominance de la couleur verte dans le vitrail. Cette tribu préféra l’agriculture à la guerre, quitte à payer un double impôt, ce qui incline Jacob à la considérer comme un âne.
Dan
« Dan jugera son peuple comme l’une des tribus d’Israël. Dan sera un serpent sur le chemin, un aspic sur le sentier, qui mord les jarrets du cheval et son cavalier tombe à la renverse. En ton salut j’espère, ô Seigneur! »
Le serpent enroulé autour du candélabre représente les degrés de la justice. À droite, sur une branche de ce candélabre, on distingue un animal armé d’une épée, qui symbolise le détenteur du pouvoir judiciaire et sert à évoquer aussi les jarrets des chevaux.
Gad
« Gad, une troupe l’assaille et lui, il assaille l’arrière-garde. »
Le vitrail évoque magnifiquement le caractère belliqueux de la tribu. De fait, on peut y voir des chevaux lancés au galop sur la route. Boucliers et lances s’entrecroisent sur toute la surface de l’œuvre. À gauche se dresse une tour. Les rapaces symbolisent la férocité de la guerre.

Asher
« D’Asher vient la graisse, sa nourriture et il en fait des gâteaux de rois. »
La couleur verte indique clairement la région, riche en oliviers, où est installée cette tribu. Végétation et symboles de luxe sont abondamment reproduits sur le vitrail. Selon le livre des Juges (5,17), Asher préféra jouir tranquillement de sa prospérité afin de pouvoir aider ses frères dans la guerre.
Nephtali
« Nephtali est une biche en liberté qui donne de beaux faons. »
La biche qui figure sur le vitrail est le symbole de la tribu et l’oiseau en vol peut donner à entendre que, d’après la tradition juive, ce fut Nephtali qui annonça à Jacob la bonne nouvelle, selon laquelle Joseph vivait encore et était vice-roi d’Égypte.
Joseph
« Joseph est un plant fécond près de la source, dont les tiges franchissent le mur. Les archers l’ont exaspéré, ils ont tiré et l’ont pris à partie. Mais leur arc a été brisé par un puissant, les nerfs de leurs bras ont été rompus par les mains du Puissant de Jacob, par le nom de la Pierre d’Israël, par le Dieu de ton père qui te secourt, par El Shaddaï qui te bénit : bénédictions des cieux en haut, bénédictions de l’abîme couché en bas, bénédictions des mamelles et du sein, bénédictions des épis et des fleurs, bénédictions des montagnes antiques, attirance des collines éternelles. Qu’elles viennent sur la tête de Joseph, sur le front du consacré d’entre ses frères! »
Vitrail très expressif, où la bénédiction de Jacob est clairement symbolisée par le rejeton qui couvre presque toute la surface et franchit un mur. Le « shofar » évoque les bénédictions d’El Shaddaï. Sur la tête d’un oiseau figure une couronne, symbole de l’autorité exercée par Joseph en Égypte.
Benjamin
« Benjamin est un loup, il déchire ; le matin, il mange encore et, le soir, il partage les dépouilles. »
La représentation du loup se réfère à la bénédiction et souligne le caractère belliqueux de la tribu. C’est de cette dernière que proviennent Saül, premier roi d’Israël, et Jonathan. Le bouclier rappelle la lutte que Benjamin engagea contre ses frères (Jg 19-21). Le nom de Benjamin est divisé, pour signifier qu’il fut la cause de la division des tribus et qu’il était établi à la fois sur la rive droite et sur la rive gauche du Jourdain.
Une série plus ancienne sur les tribus israélites a été émise en 1955 (Scott # 143-154).
Agripino Cabezón, ofm
Source : La Terre Sainte, janvier-février 2001.


