Les « matriarches » de la Bible
Le 16 août 1977, le service des Postes d’Israël a mis en circulation une série de quatre timbres, consacrée aux « matriarches de la Bible ». Le mot « matriarche » n’existe pas dans notre langue. Cependant nous l’utilisons comme titre, par analogie avec celui de « patriarche ». Les dessins en polychromie sont l’œuvre d’A. Kalderon et M. Pereg. Dans le style qui les caractérise, les artistes ont peint les scènes les plus suggestives de la vie de ces épouses des patriarches.
Sara
Elle est la femme du premier des patriarches, Abraham, qu’elle épouse à Ur en Chaldée. Elle était aussi sa demi-sœur, vu qu’elle était la fille du même père, mais non de la même mère (Gn 20,12).
Yahvé avait promis à Abraham que « quelqu’un issu de son sang » serait son héritier et que sa descendance serait « comme les étoiles du ciel qu’on ne peut dénombrer ». Sara, alors âgée de 75 ans et ayant perdu tout espoir de concevoir un fils, donna alors à son mari l’égyptienne Agar, sa servante, pour que celle-ci devienne mère par procuration et qu’ainsi la promesse de Dieu puisse se réaliser. Cette étrange façon de faire qui se renouvellera avec Rachel et Léa (Gn 30,1-6 et 9-13), est légitimée par les documents de Nuzi, où il est dit qu’une femme stérile peut donner à son mari une servante comme épouse et reconnaître pour siens les enfants nés de cette union. Abraham suivit le conseil de Sara. Cependant Agar, une fois qu’elle eut conçu, se mit à regarder de haut sa maîtresse.
Le prodige qui permettrait à Sara de concevoir un enfant à 90 ans fut annoncé par Yahvé qui, sous l’apparence de trois étrangers, vint rendre visite à Abraham dans sa tente, avant la destruction de Sodome et de Gomorrhe. Mais Sara accueillit cette promesse avec scepticisme. Néanmoins Yahvé visita Sara comme il l’avait promis et elle enfanta un fils qui reçut le nom d’Isaac. C’était le fils de la foi et de la promesse. Sara vécut 127 ans et mourut à Hébron. Abraham, qui l’avait profondément aimée, fit son deuil et la pleura.
Le timbre consacré à Sara est celui de 70 agorot. Sur un fond de papier phosphorescent, se détache en relief, à l’avant-plan, la figure de Sara qui, docile à l’ordre d’Abraham, présente sur un plateau les galettes qu’elle a préparées, pour que puissent se restaurer les trois étrangers divins auxquels le patriarche a offert l’hospitalité dans sa tente.
Rebecca
Après la mort de Sara, Abraham commença à se préoccuper de trouver une épouse à Isaac qui, âgé de 40 ans, était toujours célibataire. Ne tenant pas à ce qu’il s’unisse à une fille de Canaan, il fit promettre à Éliézer, son plus ancien serviteur, de se rendre à Hâran (Haute Mésopotamie) où résidait sa famille et d’y choisir une femme pour Isaac (Gn 24,4).
Éliézer se met en route. Après un long voyage, il arrive à Hâran et rencontre, près d’une fontaine, une belle jeune fille qui lui offre de l’eau de sa cruche et abreuve ses chameaux. Elle se nomme Rébecca ; elle est la fille de Bétuel, fils de Nahor, le frère d’Abraham. Éliézer est convaincu d’avoir trouvé la femme idéale pour Isaac. Il lui demande l’hospitalité dans sa maison. Rébecca accepte et le présente à ses parents qui l’invitent à se restaurer. Mais Éliézer refuse de prendre quoi que ce soit avant d’avoir obtenu pour Isaac la main de Rébecca. Il raconte, avec force détails, le serment qu’il a fait à Abraham de choisir dans sa famille une femme pour son fils Isaac et aussi sa rencontre providentielle avec Rébecca, près de la fontaine, rencontre qui s’est déroulée exactement comme il l’avait demandé à Dieu.
Alors, les parents de Rébecca, voyant dans ce choix le fruit d’une intervention du Dieu d’Abraham, accèdent à sa requête, mais souhaitent connaître d’abord l’avis de leur fille. On appelle celle-ci et on lui demande si elle consent à partir avec Éliézer pour aller épouser Isaac. La réponse de la jeune fille est immédiate et catégorique : « Oui, je veux bien ! »
Pendant 20 ans, le couple Isaac-Rébecca n’eut pas d’enfants. Pourtant Isaac ne voulut pas prendre une autre femme. Son amour pour Rébecca, si extraordinairement belle et chaste (Gn 24,16 et 26,7), était sincère et profond. Toutefois, leur mariage n’était pas parfaitement heureux, en raison de la stérilité de Rébecca et ils priaient ensemble pour avoir des enfants.
Enfin Yahvé exauça leurs désirs et Rébecca donna naissance à deux jumeaux. Elle alla consulter Yahvé qui lui dit : « Il y a en ton sein deux peuples qui, issus de toi, se sépareront. Un peuple dominera l’autre, l’aîné servira le cadet. » Rébecca préférait Jacob à Ésaü.
Isaac, devenu vieux et aveugle, exprima le désir de donner à son fils Ésaü la bénédiction de la promesse. Mais Rébecca, qui gardait en son cœur la révélation qu’elle avait reçue de Dieu, amena astucieusement Jacob à prendre la place de son frère. Elle fit retomber sur lui la bénédiction qu’Isaac réservait à son premier-né. Celui-ci avait d’ailleurs vendu à son frère son droit d’aînesse pour un plat de lentilles, réalisant ainsi librement le décret de Dieu : « L’aîné servira le cadet. » La Bible ne fait pas mention de la mort de Rébecca.
Le timbre (1,50) qui est consacré à cette dernière nous la montre en train de verser l’eau de sa cruche dans le récipient que tend vers elle Éliézer, le vieux serviteur d’Abraham.
Léa
Léa fait partie des quatre « matriarches », en tant qu’épouse de Jacob, reçue par ce dernier comme salaire, de la part de son oncle Laban. Jacob s’était engagé à servir cet oncle pendant sept ans, en vue d’acquérir comme épouse la plus jeune de ses deux filles, Rachel, objet de son amour. Quand arriva l’échéance, on célébra le festin de noces, auquel assistèrent tous les gens du lieu. Mais, la nuit venue, « Laban prit sa fille, Léa et la conduisit chez Jacob, qui s’unit à elle. » (Gn 29,23).
C’est seulement le matin suivant que Jacob se rendit compte qu’il avait été berné par son oncle qui lui avait donné sa fille aînée pour qui il n’éprouvait aucune affection. « Léa avait les yeux ternes, tandis que Rachal avait belle tournure et beau visage. » (Gn 29,17) L’explication que le rusé Laban fournit à Jacob fut la suivante : « Ce n’est pas l’usage, dans notre contrée, de marier la plus jeune avant l’aînée. » (Gn 29,26).
Pour compenser le manque de charmes naturels de Léa et sa déception de ne pas être appréciée par Jacob, Dieu la bénit en lui accordant la fécondité, alors que Rachel restait stérile. Elle devint la mère des quatre premiers fils de Jacob : Ruben, Siméon, Lévi et Juda. Elle vit en cela un don de Dieu, destiné à lui permettre de conquérir l’amour de son mari. À la naissance de Lévi, elle s’exclama : « Cette fois-ci, mon mari s’attachera à moi, car je lui ai donné trois fils. » (Gn 29,34) Plus tard, quoique délaissée par Jacob, elle réussira cependant à lui donner encore deux fils : Issachar et Zabulon (Gn 30,17-20).
Jacob, sur le point de mourir en Égypte, recommandera à ses fils de l’enterrer à Makpela « dans le champ qu’Abraham avait acheté à Ephron, le hittite, comme possession funéraire. Là furent ensevelis Abraham et sa femme, Sara ; Isaac et sa femme, Rébecca ; là aussi j’ai enseveli Léa. » (Gn 49,30-31)
Le timbre (3,00) consacré à Léa est très significatif. C’est en somme un hommage rendu à sa fécondité. Léa, aux yeux ternes, y figure portant dans ses bras son dernier-né et entourée de ses cinq autres enfants.
Rachel
Quand Jacob, fuyant la colère de son frère Ésaü, arriva à Hâran, il rencontra Rachel, la plus jeune des filles de son oncle Laban. Tout de suite, ils s’aimèrent et s’embrassèrent ardemment. Mais, à la différence de son père qui, par l’entremise d’Éliézer, avait envoyé de riches présents, Jacob n’avait rien à offrir à son oncle Laban. Il s’engagea alors à le servir pendant sept ans, s’il lui permettait ensuite d’épouser Rachel.
Ce délai écoulé, Jacob demanda à Laban la main de sa fille Rachel. Selon la coutume, encore en vigueur aujourd’hui en certains endroits, la fiancée demeurait voilée jusqu’à la nuit de noces. Laban, à la faveur de l’obscurité, substitua à Rachel sa fille aînée Léa, qui s’unit à Jacob. Comme celui-ci manifestait de la colère d‘avoir été ainsi piégé par son oncle, ce dernier accepta de lui donner aussi Rachel, s’il promettait de le servir à nouveau durant sept ans.
Rachel nous est présentée comme une femme ayant « belle tournure et beau visage » (Gn 29,17). Jacob la préférait à sa sœur Léa (Gn 29,30). Malheureusement, elle était stérile, ce qui la rendit très jalouse de la fécondité de sa sœur.
Un jour, elle céda ses droits conjugaux à Léa, en échange de quelques mandragores que Ruben avait trouvées dans les champs (Gn 30,14-16). Il existait en effet une croyance, selon laquelle les mandragores ou « pommes d’amour » pouvaient guérir les femmes de la stérilité. Toutefois, c’est seulement quand Léa eut mis au monde sept enfants, que Rachel conçut et donna le jour à un fils qu’elle appela Joseph.
Alors que, partie de Béthel, elle faisait route vers Ephrata (Bethléem), Rachel mourut en couches. Au moment de rendre l’âme, elle nomma son fils « Ben-Uni » (fils de ma souffrance). Plus tard, son père l’appellera Benjamin.
Jacob n’ensevelit pas son épouse dans le panthéon familial d’Hébron, mais construisit un monument sur la route de Bethléem et c’est là qu’il l’enterra (Gn 35,19-20). Sa tombe est toujours visitée par une foule de gens, spécialement des juifs qui déposent leurs offrandes pour l’entretien de ce lieu saint, dédié à la « mère Rachel ».
Les auteurs du timbre (2,00) consacré à Rachel ont voulu souligner l’œuvre accomplie par Yahvé, en faveur de la quatrième « matriarche » d’Israël. À cette femme stérile, Dieu donne une descendance. Aussi apparaît-elle à l’avant-plan, portant fièrement dans ses bras son fils Joseph. La vocation de Rachel est également mise en relief par la présence du troupeau, visible à l’arrière-plan. En effet, avant sa rencontre avec Jacob, auprès du puits, Rachel était une simple bergère. C’est là que commença son histoire, marquée par sa confiance en la Parole de Dieu.

En 2013, la Poste israélienne a émis deux autres timbres évoquant la première et la quatrième des matriarches. Le premier évoque le tombeau de Rachel, près de Bethléem, qui est considéré comme le troisième lieu saint du judaïsme. L’autre timbre intitulé « L’annonciation de Sara » rappelle la promesse divine d’une descendance à Abraham, malgré l’âge avancé de Sara. Le motif est une œuvre de José Gurvich et il s’agit d’une émission conjointe avec l’Uruguay.
Agripino Cabezón, ofm
Source : La Terre Sainte, janvier-février 2000.

