six jours de la création
    Scott #361-366 (1965)

Les six jours de la création

Les timbres d’Israël ont pris une grande importance dans la philatélie mondiale. C’est sans doute dû aux allusions bibliques qu’ils contiennent ; mais par-dessus tout, à la particularité qu’ils ont d’être rattachés à une autre section appelée bandelette. En réalité, c’est là un autre timbre, où l’on trouve les références. En conséquence, ce ne sont pas tous les timbres qui ont de la valeur pour les collections ; mais uniquement ceux de la partie inférieure de chaque planche.

Les timbres sur la création

Nous donnerons un peu d’explication sur les timbres qui sont directement reliés à la Bible. Nous commençons par ceux qui se rapportent aux jours de la création. Ce sont six timbres émis à l’occasion du 18e Festival, le 7 septembre 1965 ; ils sont polychromes et sont datés de l’année juive 5726. Le dentelé est de 13 sur 14 ; le dessinateur est A. Kalderon. Le motif est symbolique : c’est la création telle que décrite au premier chapitre de la Genèse. Chacune des unités rappelle un jour de la création.

Le détail des six jours

Le timbre de 0,06 agorot représente le premier jour : la séparation de la lumière et des ténèbres. Celui de 0,08 agorot rappelle le deuxième jour : la séparation des eaux par le firmament. Celui de 0,12 agorot nous parle du troisième jour : la séparation de la terre et des mers. Le quatrième jour représente une valeur de 0,25 agorot et nous fait voir la création du soleil, de la lune et des étoiles. Le cinquième jour a une valeur de 0,35 agorot : c’est la création des poissons de la mer et des oiseaux du ciel. Finalement le timbre de 0,70 agorot nous montre le travail du sixième jour : la création des animaux de la terre et enfin l’homme, fait à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il est appelé à dominer sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, sur le bétail de la terre et sur tous les animaux qui s’y meuvent (Gn 1,26).

La création

Dans les livres historiques, prophétiques et didactiques de l’Ancien Testament, on exprime souvent l’idée de l’univers par les mots « le ciel et la terre » ou une expression similaire. Cela indique que le monde doit son origine à l’action personnelle de Dieu. L’activité par laquelle Dieu appelle l’univers à l’existence s’exprime par les verbes faire, construire, fonder, créer, produire et engendrer. Créer, au sens strict, relève uniquement de Dieu. Le résultat de cette activité aboutit toujours à quelque chose de nouveau ou, du moins, à quelque chose qui n’existait pas sous cette nouvelle forme.

Dans le Nouveau Testament, il n’était plus nécessaire de mettre l’accent sur l’origine de la création, en parlant à des juifs qui croyaient déjà en la création comme œuvre de Dieu. C’est ce qui est supposé dans les passages où l’on met en vedette la puissance de Dieu sur la matière ou sa Providence ou l’invocation de Dieu, Seigneur du ciel et de la terre. C’est cette croyance qu’expose l’Église chrétienne des premiers siècles.

Pour les païens, S. Paul a dû rappeler que la création de toute la matière était l’œuvre de Dieu. Ses Lettres signalent plusieurs fois Dieu comme principe et origine de tout ou encore comme celui qui a tout formé. Que le Nouveau Testamentparle de création au sens strict, cela est évident, quand on se réfère aux multiples mentions du principe de la création du monde : Mt 19,4-8; 24,21 ; Mc 10,6; 13,19 ; Jn 17,5 ; Rm 1,20 ; He 1,10 ; 2 Th 2,13 ; 2 P 3,4; 1 Jn 1,1 ; 2,13 ; 3,8.

La structure du récit

Le récit de la création est construit sous forme schématique. Déjà S. Thomas d’Aquin avait distingué, dans le récit de la création proprement dite (I,70,1), (Gn 1,1ss), l’organisation de la matière créée (1,3-31) et son couronnement (2,1-3). Du reste, la première partie est divisée en deux groupes parallèles de trois jours chacun. Ainsi le quatrième correspond au premier, le cinquième au deuxième, le sixième au troisième. On assigne à chacun des jours une œuvre créée ; mais au troisième et au sixième, il y en a deux.

L’encadrement de la semaine

De la structure schématique et poétique du récit, il faut déduire que l’auteur ne veut pas d’une interprétation littérale. Son but est de rapporter tout ce qui existe à l’action créatrice de Dieu. C’est ainsi qu’il divise tout l’univers en diverses catégories et qu’il englobe toute la création dans l’ordre artificiel du travail normal d’une semaine. Ce cadre de la semaine indique deux choses : que Dieu a créé le monde selon un plan équilibré et selon un ordre excellent; que la création, de plus, est un processus qui se situe dans le temps et dans l’histoire. Il faut souligner que la semaine était pour les hébreux un concept fondamental de la notion du temps.

L’objectif que vise l’hagiographe

Le récit de la création est destiné, de façon très nette, à l’instruction religieuse. Tout ce qui existe se rapporte à Dieu unique et tout-puissant. Dieu est incréé et il existe avant tout le créé; il a appelé à l’existence le cosmos tout entier, sans fatigue aucune, par une seule parole.

À l’opposé des cosmogonies païennes

Contrairement aux cosmogonies des peuples orientaux voisins, la Bible ne connaît pas de matière préexistante, incréée et éternelle, d’où sortiraient les dieux eux-mêmes. De toute façon, les créatures, que vénère le monde païen comme ses dieux, doivent leur existence à un seul Dieu, qui est ainsi Seigneur de tout le cosmos et non pas, comme les dieux païens, seulement d’une partie de son être. Le monde n’a pas surgi, comme dans les cosmogonies babyloniennes, d’une lutte entre les éléments primitifs rivaux.

L’homme est le couronnement et le roi de la création. Il est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. En conséquence, il est distinct, de par son être spirituel, de tous les autres êtres vivants.

Finalement, le récit de la création veut recommander la sainteté du septième jour ou du sabbat. C’est là une institution typiquement israélite, inconnue dans le monde oriental.

Agripino Cabezón, ofm

Source : La Terre Sainte, mai-juin 1999.